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Blog Identités 25 février 2021
Temps de lecture : 9 mn

Quelle police choisir pour votre communication ?

Le choix d’une police ne peut pas se faire au hasard. Et surtout pas en fonction de votre impression ou de votre sentiment personnel. Il doit résulter d’une réflexion plus poussée nécessitant des connaissances en graphisme et en marketing.

Vocabulaire de la typographie

Tout comme le beurre dans la cuisine de nos grands-mères, il est impossible de séparer la typographie de la conception graphique. Partie intégrante de la transcription formelle d’un message, elle nous permet de mieux comprendre les autres, d’exprimer des idées et certaines valeurs, ou simplement de communiquer. Il est important de rappeler tout d’abord la différence entre typographie, police et caractère (ils ne signifient pas la même chose ? – et non), mais aussi la définition d’une police typographique ou d’un glyphe.

  • La typographie correspond au mot “général” pour la composition des caractères, gravés, imprimés ou affichés à l’écran.
  • La police de caractère ou d’écriture regroupe l’ensemble des glyphes (représentation graphique d’un caractère « a » ou d’un accent, ponctuation, espace, etc.), les corps et les différentes graisses d’une famille.
  • La fonte, quant à elle, comprend des glyphes ayant le même corps, la même graisse italique ou encore une même police.

Un caractère typographique est à l’origine un petit fragment de plomb dans lequel une lettre a été gravée, ce qui constitue un élément de ponctuation. Aujourd’hui, un caractère typographique n’est plus en plomb mais il a la même signification. Un caractère typographique peut être également appelé glyphe. Puisque vous commencez à vous habituer aux nuances du langage, nous pouvons passer à l’étape supérieure !

Une police de caractères est formée de différents éléments qui font sa particularité, et particularité signifie singularité. Comme votre projet est sans doute unique, il est évident que vous aurez besoin d’une police de caractères adaptée ! Il faudra peut-être une grande chasse ? (Pas celle-ci, l’autre), je voudrais plus de pleins et de déliés, ou je veux juste un caractère sans empattement… Mais qu’est-ce qu’un empattement ?

Voici quelques termes à connaître pour mieux comprendre la suite de cet article :

L’empattement (ou sérif) : ce sont de petites terminaisons à l’extrémité des caractères. L’empattement viendrait initialement du geste, du dessin de la lettre, qui serait formé lorsque l’on fini le tracé de la lettre à la plume.

  • Le corps : il se mesure en point, c’est la hauteur d’un caractère comprenant jambages et hampes
  • Descendante : partie de la lettre descendante en dessous de la ligne de base d’un caractère sans jambage (ex : a, b, n)
  • Ascendante : partie de la lettre au dessus de l’œil (hauteur du dessin des lettres sans hampe ni jambages exemple : a, e, n)
  • La graisse : épaisseur du dessin de caractère, une graisse importante sera appelée « bold » et une graisse faible « light ».
  • La chasse : la largeur d’un caractère

Vocabulaire de typographie

Toutes les caractéristiques de la conception d’une police de caractères font sa singularité. Ces particularités sont transmises par le design de la lettre mais aussi par l’outil d’écriture, tels que les pleins et les déliés réalisés avec la plume. Comme l’histoire de la typographie est étroitement liée à l’évolution des techniques d’impression, il existe aujourd’hui une multitude de familles, de polices historiques, ou encore complètement hybrides. Par conséquent, il est indispensable de retracer cette histoire de la typographie afin de comprendre la spécificité de chacune des polices que nous voyons et utilisons.

Comment retrouver notre chemin entre toutes ces polices ?

C’est avec la création des premiers caractères typographiques, donc des premières polices d’écriture, que l’idée est apparue de les organiser et de les structurer. Au début, comme il n’y avait pas assez de polices, il n’était pas nécessaire d’établir une classification. C’est en 1766 que le graveur Fournier le Jeune établit un semblant de catégories de caractères :

  • Romain
  • Italique
  • Bâtarde
  • Cursive française
  • Lettres de somme
  • Lettres de forme
  • Lettre tourneure

À partir de 1870, les polices de caractères deviennent de plus en plus nombreuses, les fonderies (nom de l’atelier de création de polices) développent de nombreuses polices notamment en France et en Allemagne.

Le typographe français Francis Thibaudeau établit la première distinction entre les polices de caractères en fonction de leur empattement en distinguant cinq familles dans son Manuel français de typographie moderne paru en 1924.

Dans la période de l’entre-deux-guerres, la typographie et les techniques d’impression se sont développées, des fonderies telles que Monotype ont lancé sur le marché 20 séries de caractères commerciaux, la classification de Thibaudeau a donc été rapidement dépassée et n’était plus pertinente, un nouveau système d’organisation devait être trouvé.

Au début des années 1950, chaque pays et chaque typographe disposait de sa propre nomenclature : Berry-Johnson en Angleterre, Aldo Novarese en Italie, Jacno en France pour n’en citer que quelques-uns. Cette nomenclature fut un échec car entre chaque pays, en dépit d’une même dénomination, on parlait de polices de caractères de conceptions différentes. En France, l’Antiqua est une police de caractères sans empattement alors qu’en Allemagne, l’Antiqua désigne les caractères romains avec empattements.

En 1953, Maximilien Vox, graveur, dessinateur et illustrateur, établit une nouvelle classification tenant compte des nuances de la langue afin de satisfaire l’Allemagne. En 1954, cette classification a été ratifiée par l’Association des Compagnons de Lure, officialisant ainsi son utilisation, sous le nom de classification Vox-Atypi.

La classification Vox-Atypi est composée de 11 catégories typographiques :

  • Groupe 1 : Les humanes (caractères des débuts de l’imprimerie)
  • Groupe 2 : Les garaldes (caractères de la Renaissance)
  • Groupe 3 : Les réales (caractères du XVIIIe siècle monarchique)
  • Groupe 4 : Les didones (les didots de Thibaudeau)
  • Groupe 5 : Les mécanes (Les égyptiennes de Thibaudeau)
  • Groupe 6 : Les linéales (les bâtons ou antiques de Thibaudeau)
  • Groupe 7 : Les incises (inscriptions monumentales de la Rome antique)
  • Groupe 8 : Les manuaires (écriture lente à main posée et caractères où le dessin l’emporte sur l’écriture)
  • Groupe 9 : Les scriptes
  • Groupe 10 : Les fractures
  • Groupe 11 : Les caractères non latins (arabes, hébreux, grecs, etc.)

Une police de caractère est comme une paire de chaussures : à chaque situation sa propre paire, son propre style en fonction de ce qu’on souhaite transmettre. Il ne s’agit pas de fashionistas qui portent des Nike Air Jordan pour leur mariage. Il convient à tout le monde que les baskets soient d’abord faites pour le sport, et les espadrilles pour les soirées pétanque de juillet. Il faut donc choisir une police de caractères en fonction du contexte.

Pour bien choisir la police de caractères adaptée à votre projet, il vous faut donc d’abord savoir ce que vous souhaitez dire. Il ne faut pas choisir une police de caractère parce qu’elle est à la mode, car elle doit répondre à des problématiques précises.

Mais alors, quelle police de caractère choisir ?

Une police de caractères est associée à une époque, un mouvement artistique ou graphique, une société ou même à une culture, ce qui explique pourquoi il en existe des milliers.
Il est indispensable de comprendre l’évolution de la typographie, du dessin et de la lettre afin d’associer la bonne forme à votre projet. Une police de caractères transmet une histoire, cette dernière doit être la vôtre, autrement elle peut entraver la lecture et la compréhension du message.

Depuis notre enfance, nous sommes habitués à lire des textes, des slogans, et des logos ; nous sommes « formatés » à l’utilisation de certaines polices dans des contextes définis. Nous avons tous en tête la Times New Roman, une police pleine de richesse et d’empattements donnant au message un caractère institutionnel, précieux et littéraire. Dans un registre complètement différent, l’Helvetica, qui est une police de caractères à la fois sobre et stable, et qui apporte le message universel. Deux polices de caractères et deux histoires différentes à raconter ! Mais ce n’est que le sommet de l’iceberg, on ne peut certainement pas réduire la typographie à ces deux polices.

La typographie IvyMode utilisée par Mars Rouge

La première fonction de la typographie est la lecture d’un message, ou d’un texte, et sert à organiser un contenu. Pour cette raison il est évident que chaque police doit être testée en fonction des attentes de votre projet. Comme indiqué précédemment, certaines typographies ornementales seront exclusivement dédiées à l’utilisation de titrages tandis que d’autres vous permettront de construire votre mise en page avec plus d’habileté et de confort de lecture.

Pour trouver la bonne police de caractères pour votre projet, il est avant tout indispensable de se poser les bonnes questions. En 2021, la mise à disposition de polices est plus facile qu’en 1850, ce qui rend les choix plus difficiles et les contradictions plus faciles.

La typographie comme hiérarchie de contenu

Il est nécessaire de distinguer la police de titrage et la police de texte

  • Police de titrage : comme son nom l’indique, elle est utilisée pour les titres. Autrement dit en corps important, ce qui permet d’avoir une police plus sophistiqué et plus libre. Le titre est lu avec clarté et la police à son tour apporte de la singularité.
  • Police de texte : en revanche, la police de texte est exclusivement réservée aux textes de petits corps, entre 6 et 14 points, et doit donc privilégier la lecture et la compréhension du texte. La police sera donc moins singulière et plus conventionnelle.

La typographie utilisée par les grandes entreprises

Certaines polices de caractères sont entrées dans l’histoire telles que:

  • La police Helvetica, utilisée par Toyota, BMW, Evian, Skype, American Airlines, Lufthansa, Jeep, The North Face ou Post-it
  • La police Futura, utilisée par VW, Ikea, Nike ou Calvin Klein
  • La police Century Gothic utilisée par Durex
  • La police Gotham, utilisée par Barack Obama, Arte ou Spotify

Au fil du temps, les grandes marques ont fait évoluer leur logo. Google est par exemple passé de la police Catull en 1999 à Century Gothic en 2015. La tendance actuelle est une simplification des polices de texte passant souvent d’une serif à une sans serif afin d’apporter une meilleure lisibilité sur les écrans digitaux.

Quel prix pour une typographie ?

A l’ère du digital, les polices d’écriture se développent et se déploient avec rapidité. Elles se dupliquent et se dérobent avec aisance et le vol typographique n’a jamais été aussi pratiqué. Pourtant soumise au droit de la propriété intellectuelle, la typographie a un prix dont ne s’acquitte que peu d’entreprises.

Par ailleurs certaines polices sont extrêmement protégées, comme par exemple celle de Louis Vuitton, qui provient d’une variation de Futura, ou celle de Ferrari. Ces polices ne sont jamais copiées à l’extérieur, car elles sont le support d’une identité visuelle très forte.

Pour trouver des polices de caractères, il est tout d’abord possible de solliciter une fonderie, afin d’acheter une typothèque plus ou moins vaste, avec des conditions d’usages plus ou moins larges.

Le prix d’une police de caractères peut aller jusqu’à plusieurs milliers d’euros selon la richesse de celles-ci, ou selon les usages qui en seront faits : Une police peut avoir jusqu’à 65 000 caractères, et celles qui sont riches en matière de famille sont plus chères.

Malgré tout, des sites comme DaFont permettront de trouver des polices abordables, voire gratuites : certaines sont sous donationware, ce qui garantit un prix plutôt bas, d’autres réservées à un usage privé. Le contrat d’utilisation devra être soigneusement lu.

Google a également créé une base de données de police de caractères, appelée Google Fonts, gratuite pour l’ensemble des internautes.